• suite de la correspondance de la famille de Condé de 91 à 99.

      91. Jacques à Contye.Juillet 1807.
    « J'ai craint que la remise de la pièce (le testament du duc d'Enghien) ne soit retardée, à moins que les autres voies que j'ai tentées ne réussissent ; mais, dans l'un ou l'autre cas, mon devoir m'oblige à communiquer à madame la princesse Charlotte tout ce qui m'a été confié et dont je vous ai rendu un fidèle compte. Tardant plus longtemps, je ne remplirais qu'à demi les intentions de mon auguste maître. Je vous supplie donc, monsieur le chevalier, de me faire connaître les ordres des princes relativement à cet objet, et surtout sur la forme que je dois employer à faire connaître à madame la princesse les intentions de mon maître ; car, pour le fond, il ne doit exister aucun doute que je ne doive remplir strictement les ordres que j'ai reçus. Jusqu'ici le secret a été parfaitement gardé, et j'attendrai la réception de votre réponse pour m'acquitter de cette pénible commission. »
    <?xml:namespace prefix = o ns = "urn:schemas-microsoft-com:office:office" /><o:p> </o:p>*Le prince de Lorraine-Vaudemont avait plusieurs fois exercé des commandements dans l'armée autrichienne, notamment dans la dernière campagne en Allemagne.
    *Le 14 avril précèdent, Jacques avait écrit de Vienne à Contye : «  Je vais souvent à Presburg, où est la princesse Charlotte. Je lui rends tous les soins et services dont je suis capable, et en cela je remplis les ordres de mon auguste maître. Elle est bien mal à son aise. Ce qui lui avait été assuré de France est sans effet. Elle est réduite à ses deux petites pensions, ce qui ne lui donne pas pour le nécessaire... »
                                                                              
    *Le duc de Bourbon avait déjà reçu par Chodron l'argent liquide de la succession, lorsqu'il fut averti verbalement des dernières volontés de son fils. Son entourage prétexta que le texte du testament devait être produit, et laissa même s'élever des doutes sur la réalité de cet acte, resté introuvable. En octobre 1810, Canone qui, d'Angleterre, où il avait suivi Louis XVIII, fit, pour ses intérêts, un voyage à Ettenheim, ne cacha pas ces doutes à Jacques :

    <o:p>  </o:p>92. Jacques à Contye.Décembre 1810.
    «  Il m'a assuré qu'on était persuadé que le testament n'avait jamais existé et qu'il y en avait eu un de fabriquer par le frère de la dame (Charlotte) dont vous me parlez dans votre dernière. C'est bien un tort, si l'on pense ainsi. Je ne chercherai pas à réfuter une pareille assertion ; je me bornerai à assurer que tout ce que j'ai eu l'honneur de vous mander dans ma première lettre, après ma sortie de prison, est l'exacte vérité ».
    * On ne voit pas que Jacques ait reçu l'autorisation de révéler à la princesse le sens d'un testament, qui, même de nos jours, n'a pas été découvert.

    <o:p>  </o:p>93. Puivert à Bourbon.31 janvier 1815.
    « Lorsque le Roi a bien voulu me donner le commandement de Vincennes, ma première pensée s'est portée sur l'affreux attentat dont il avait été le théâtre, et sur la réparation solennelle que réclame l'honneur national et l'amour des vrais français pour l'auguste maison de Bourbon. Mon premier soin a été de m'assurer de la place où reposaient les restes du jeune héros, victime d'une ambition sacrilège. Je la connais ; mais les intempéries de la saison ont encore empêché les fouilles nécessaires pour les retrouver. Avant de les entreprendre, je crois indispensable de se fixer sur les formes expiatoires qui doivent être employées, et sur l'emplacement qui sera choisi pour conserver ces cendres précieuses, que nous arrosons des larmes de l'amour et de la fidélité.
    J'ignore si monseigneur le duc de Bourbon désire qu'elles soient transportées à Saint Denis, dans la sépulture commune des princes de la maison régnante. Dans ce cas, mon zèle doit se borner à des mesures préparatoires, sur lesquelles j'attendrai avec respect et soumission les ordres de S. A. S. Mais j'oserai espérer qu'elles seront déposées, d'une manière plus distinguée peut-être, dans la sainte chapelle du château de Vincennes, fondée par Saint Louis, ce monument antique, vénéré depuis tant de siècles et qui retrace de si glorieux souvenirs. C'est sur le lieu même où le forfait a été commis que l'expiation doit être perpétuelle, et que les cœurs vraiment français aimeront à joindre l'expression profonde de leurs regrets à l'examen touchant des lieux témoins du crime qui commença la punition de l'usurpateur. C'est sous la garde spéciale du plus saint de ses aïeux, que doit être conservé le souvenir éternel de l'un de ses plus dignes rejetons.
    Je dois avoir l'honneur de proposer demain au Roi la restitution de cette église célèbre, profanée depuis vingt-deux ans, au culte divin. Si sa décision est favorable à mes vœux, cette restauration peut-être promptement terminée, et une chapelle ardente, dédiée aux mânes de l'illustre victime que nous pleurons, peut-y être consacrées. En attendant, le corps de monseigneur le duc d'Enghien pourrait être mis en dépôt dans un emplacement décent, que j'ai déjà reconnu dans le château, où il serait exposé à la vénération des français, où l'on dirait la messe tous les jours, et où l'aumônier désigné pour desservir la chapelle veillerait à tous les soins religieux.
    On devrait, en même temps, ériger un cénotaphe dans le fossé, sur la place fatale, entouré d'une barrière, ombragé de cyprès, et il s'empresserait d'aller verser des larmes et s'adresser à l'Eternel des prières ferventes.
    Un prêtre respectable serait chargé de desservir la chapelle. Un vieux militaire, distingué par la constance de ses principes, pourrait l'être de la garde de ces dépôts sacrés, et leur nomination réunirait à des actes de bienfaisance de la part de S. A. S., les soins que doit exiger leur culte et leur conversation.
    Si ces premières idées étaient accueillies, je m'empresserais de donner tous les détails nécessaires pour leur exécution ; et je me trouverai trop heureux si monseigneur veut bien les regarder comme l'expression de mon zèle et de mon dévouement sans bornes pour sa personne et son auguste maison. »

    <o:p> </o:p>Exhumation du corps du Duc d'Enghien.

    <o:p>  </o:p>94. Louis XVIII à Barré Marbois.15 mars 1816.
    « Monsieur le Garde des sceaux, nous avons ordonné que le corps de feu notre cousin et cher parent le duc d'Enghien, enterré près du château de Vincennes, sera exhumé et transféré dans une chapelle qui sera érigée dans ledit château. Notre intention est que cette exhumation soit constatée par une enquête faite avec les solennités qui conviennent à cette triste circonstance. Vous en chargerez un conseiller d'Etat et un maître des requêtes, qui y assisteront de notre part, et rédigeront les actes relatifs à l'exhumation et dépôt du corps. Leur présence sera un témoignage de l'affection que nous portions à notre dit cousin le duc d'Enghien, de la profonde douleur que nous avons ressentie à l'occasion de la mort de ce jeune prince, ainsi que des consolations que nous voudrions donner à ses illustres parents, après le crime détestable qui les a privés de leur plus chère espérance. Et la présente n'étant à autre fin, je prie Dieu qu'il vous ait, monsieur le Garde des sceaux, en sa sainte et digne garde.
    Fait à Paris, le 15° jour de mars de l'an 1816, et de notre règne le vingt unième. »
    <o:p> </o:p>« Je me suis chargé par monseigneur le prince de Condé de la pénible et bien douloureuse commission de rendre compte à V. A. S. de la cérémonie funèbre qui a eu lieu le 21 de ce mois à Vincennes. Je n'entrerai dans aucun détail de tout ce qui est relaté dans les procès-verbaux : ils seront joints à la présente. Je me bornerai à quelques détails séparés.
    Monsieur de Lalanne, de Thury , maître des requêtes, le chevalier de Contye et moi, ont été nommés commissaires par le Roi. J'ai dû assister à la fouille. On a retrouvé la majeure partie de tout ce que je savais que monseigneur avait sur lui à son départ de Strasbourg : je l'ai déclaré avant la fouille. Le tout est relaté dans l'état ci-joint. Les effets précieux ont été renfermés en un paquet ficelé et cacheté, ensuite portés au Roi par monsieur de Ferrand. S. M. lui a de suite ordonné de le remettre à monseigneur le prince de condé, qui l'a reçu hier, et avait conçu le projet de me faire partir sur le champ pour aller porter ce dépôt précieux à V. A. S. Monsieur de Contye s'est joint à moi pour le faire changer de sentiments : nous y sommes parvenus avec beaucoup de peine ; mais monseigneur le prince l'a déposé dans son secrétaire dont il a constamment la clef sur lui, et s'abstiendra de le décacheter jusqu'à ce qu'il connaisse les volontés de V. A. S. Monseigneur le prince me charge particulièrement de vous prier de les lui faire connaître le plus tôt possible, et de faire mention que V. A. S. approuve que je ne sois point parti pour Londres. Monseigneur le prince, en me donnant cet ordre, a ajouté :
    «  J'aimerais beaucoup mieux que mon fils vînt me les transmettre lui-même : j'ai besoin de le voir. »
    Madame la duchesse de Bourbon, madame la duchesse d'Orléans, les commissaires et beaucoup d'autres grands personnages sollicitent avec instance monseigneur le prince, pour obtenir un ducat ou autres choses du dépôt précieux. Monseigneur le prince a répondu que c'est à V. A. S. à en disposer. Si V. A. S. cède aux instances de ces hauts personnages, je la supplie de me désigner pour être chargé de l'exécution de ses ordres : monseigneur le prince a eu la bonté de me dire qu'elle désirerait que ce fût moi.
    La cérémonie a été décente et très bien sous tous les rapports. Toute l'ancienne armée de Condé était à Vincennes, et beaucoup d'autres militaire. J'y suis allé hier ;  J'ai reconnu avec plaisir que la chapelle ardente était très bien décorée ; l'autel était déjà construit. Il y a une lampe et deux bougies allumées nuit et jour, un chapelain qui dira la messe tous les jours à onze heures, et une sentinelle à la porte. La chapelle ardente est précisément dans la chambre du conseil, où mon infortuné et malheureux maître a été inhumainement et injustement condamné.
    Je dois dire que la garnison de Vincennes s'est particulièrement distinguée par les regrets et la douleur qu'elle a exprimés au moment de l'exhumation. Tout ce qui a été a porté du lieu, chacun a voulu emporter un morceau qui avait touché le jeune héros, et plusieurs le partageaient avec leurs camarades. Je dois aussi faire mention de monsieur le marquis de Puivert, qui s'est fait remarquer par la douleur profonde qu'il éprouvait, et les peines qu'il s'est données pour cette cérémonie funèbre.
    V. A. S. connaît assez mon cœur, j'ose le croire, pour être assurée de tout ce que j'ai souffert ; mais ce qui a soutenu mon courage, c'est la conviction que j'ai acquise que ces restes mortels étaient incontestablement de mon maître.
    Madame de Rully a justifié par sa conduite le sang qui coule dans ses veines.
    Monseigneur le prince de Condé a fait fermer sa porte depuis lundi jusqu'à samedi ; il n'a admis à sa table, pendant ce temps, que ses officiers. J'y ai été prié toute cette semaine. On ne peut s'imaginer la sensation que cette cérémonie funèbre a faite sur la grande majorité des esprits de Paris. Cependant elle n'était point générale : car un très grand personnage est allé le 21 au spectacle, au grand mécontentement du parterre. Je me rappelle qu'à une époque aussi douloureuse, il en fit à peu près autant. Monsieur de Lalanne sort de chez moi, et m'a assuré que le Roi vient d'ordonner l'impression des procès verbaux. C'est pourquoi il ne m'en a point adressé de copie. J'attendrai qu'ils soient imprimés pour vous l'adresser.
    Je reçois à l'instant le procès verbal.
    <o:p> </o:p>Note des objets trouvés avec les restes mortels de S. A. S. monseigneur le duc d'Enghien.
    <o:p> </o:p>-Des cheveux entortillés avec les restes de sa casquette ;
    -Une boucle d'oreille très bien conservée ;
    -Une chaîne que S. A. S. portait sur sa poitrine, à laquelle était attaché un médaillon dont il a disposé quelques minutes avant sa mort ;
    -Un cachet d'argent à ses armes ;
    -Des petites clefs qui étaient attachées à un cordon de montre. La montre n'a pas été retrouvé : présume qu'elle a été enlevé.
    -Soixante et quatorze ducats. On a trouvé les deux empreintes du cachet en cire, ce qui constate que le rouleau était intact et qu'il contenait cent ducats. On présume qu'il y en a eu de perdus.
    -Les restes d'une petite bourse en cuir, dans laquelle il s'est trouvé un louis et quelques pièces d'Allemagne et de France.
    -J'ai recueilli, de plus, douze dents et les semelles de botte assez bien conservées ;
    -Et un couteau.
    <o:p> </o:p>*Ce médaillon a probablement été confié au lieutenant Noirot pour être remis à la princesse Charlotte.
    Ces clefs étaient celles des deux cassettes restées à Ettenheim.

    <o:p>  </o:p>95. Bourbon à Condé.2 avril 1816.
    « Après toutes les peines déchirantes que nous avons déjà éprouvées dans cette si cruelle circonstance, il est encore bien dur pour moi-même, en versant des larmes, de rouvrir les plaies de votre cœur sensible ; mais il faut absolument que je vous remercie d'avoir eu la trop délicate attention de ne pas ouvrir, hélas ! Ce qui vous a été remis par le fidèle Jacques. Eh ! Grand Dieu, qui avait plus de droit que vous d'en disposer ! Nos coeurs, nos volontés en cette terrible épreuve, n'en font qu'un. Je vous dirai donc seulement mes idées, sauf à ce que vous croirez plus convenable, ou qui pourrait vous satisfaire davantage ou nos amis communs.
    Pour moi, que j'aie seulement, ou le cachet si vous ne le préférez pas, ou un morceau de la chaîne, n'importe quoi qui lui ait appartenu. Je ne veux que cela.
    Ma sœur désire aussi un petit morceau de la chaîne. Je lui avais offert de la demander tout entière ; mais elle n'en veut absolument qu'un petit morceau ; elle m'a bien recommandé de vous le dire.
    Quand aux ducats, ou autre argent monnaie, mon avis, dirigé par un sentiment personnel pour l'attachement constant du bon et fidèle Jacques, serait qu'il lui fût donné. Quand à madame la duchesse de Bourbon, madame de Rully et nos autres parents ou amis, vous feriez la distribution de ces restes précieux, selon leurs désirs particuliers. Mais, au nom de Dieu, terminez promptement ; car je sens si vivement quel supplice sera pour vous ce renouvellement de douleur en répondant à toutes les demandes ! Chargez en plutôt Jacques, après lui avoir donné vos ordres, et que vous éprouviez au moins du repos, après les cruels jours que vous avez passés cette dernière semaine. Je compte sur vous, cher et tendre père, pour mes remerciements personnels à tous nos amis communs, qui ont témoigné tant d'intérêt à nos malheurs. Recevez, avec votre bonté et votre tendresse accoutumées, les embrassements d'un fils qui vous aime et chérit de tout son cœur. »
    <o:p> </o:p>* Je suis bien aise que Jacques ne soit pas venu à Londres. Hélas ! Sa vue et sa mission m'auraient fait du mal.

    <o:p> </o:p>L'indignation du duc de Bourbon suite à la cérémonie faite ce 21 mars 1816 à Vincennes.

    <o:p>  </o:p>96. Bourbon à Jacques.25 mars 1816.
    « Que je vous plains, mon cher Jacques ! Comme vous avez dû souffrir ! Hélas ! J'ai tout vu dans les papiers. Grand Dieu, quel supplice ! Quelle horreur ! Quelle existence ! Quel renouvellement de peine déchirantes, après tout ce que nous avons souffert ! Au milieu de ma douleur, j'ai bien pensé particulièrement à la vôtre, à celle d'un si bon et si loyal serviteur. Le Times, que j'ai maintenant sous les yeux, en rendant compte de cette cruelle cérémonie, observe avec raison qu'il est monstrueux que tous les scélérats qui ont prononcé ce jugement inique, existe encore, et que l'on n'a entendu parler de l'arrestation ni jugement d'aucun d'entre eux. Parlez donc de cela : qu'on les recherche ; qu'on les mette en poussière. Il ajouta que Murat est le seul qui ait péri. Je n'ai pas la force d'écrire plus longtemps aujourd'hui ; mais j'étais empressé de joindre mes larmes aux vôtres. Ce n'est pas une consolation, mais c'est une jouissance pour des coeurs qui sentent de même. Constante et bien sincère amitié, mon cher Jacques. »

    <o:p> </o:p>Mémoires sur l'enlèvement du duc d'Enghien  et la sentence de Vincennes :

    <o:p>  </o:p>97. Relation de Canone : Marquis de Bonnay.15 septembre1805.
    « Le 12 mars 1804, le duc fut secrètement averti que Bonaparte voulait le faire enlever : la nouvelle venait d'une personne affidée et sûre, et l'on conjurait le prince de quitter Ettenheim sans délai. Monseigneur le duc d'Enghien, peu accoutumé à croire au danger et moins encore à le fuir, méprisa cet avis, qu'il traita même de fable. Il eût cependant la bonté d'en parler à Canone, en qui l'on verra qu'il avait la plus grande confiance. Celui-ci, tout effrayé, prit la liberté de lui représenter qu'un tel avertissement n'était pas à négliger, et qu'il serait prudent de prendre quelques mesures. Son Altesse Sérénissime lui répondit que la chose ne regardait qu'elle, et qu'il se préparât à la suivre à la chasse.
    Monseigneur chassa, en effet, toute la journée, dans les bois de Grafenhausen, près du Rhin. Il n'y avait que la guerre que ce prince préférât à la chasse. Aussi y retourna-t-il encore le 13, après avoir envoyé le baron de Grünstein, son aide de camp, à Offenburg, pour prendre des renseignements sur des arrestations qui venaient de s'y faire, à main armée, par des gendarmes de Bonaparte.
    Le soir de ce même 13, sur le rapport de monsieur de Grünstein, monseigneur le duc d'Enghien permit à celui-ci de coucher dans une chambre voisine de la sienne ; et il ordonna à Canone de faire le guet toute la nuit dans les rues d'Ettenheim. Ce malheureux prince était persuadé que, si Bonaparte osait tenter de le faire enlever, ce ne serait que par un petit nombre de brigands déguisés, et que, pourvu qu'il ne fût pas surpris pendant son sommeil, il lui serait facile de se défendre contre eux.
    Canone passa la nuit à faire la ronde dans toutes les rues d'Ettenheim, et même au dehors. Il n'aperçut ni n'entendit rien, et le lendemain matin, après que son maître fut habillé, il lui en fit son rapport. Cependant, d'après les avis reçus l'avant-veille, et d'après les arrestations déjà faites sur la rive droite du Rhin, il se permit de représenter au prince qu'il serait prudent d'envoyer un homme à cheval à Grafenhausen (village qui se trouvait sur le chemin qui conduit au Rhin), et de l'y tenir caché dans quelque maison bourgeoise, avec ordre de venir avertir en toute diligence, s'il apercevait le moindre mouvement. L'événement n'a que trop prouvé combien cette mesure eût été sage ; car ce fut par ce même Grafenhausen que les assassins de Bonaparte arrivèrent la nuit suivante. Monseigneur le duc d'Enghien répondit à Canone qu'il reconnaissait et qu'il excusait son zèle, mais qu'il devait savoir qu'il n'aimait pas être conseillé. Il le renvoya ensuite en lui disant de revenir prendre ses ordres à neuf heures, et de charger ses pistolets ainsi que toutes les autres armes.
    On était alors au 14 mars. Le prince étant descendu à huit heures chez son hôte, monsieur le baron d'Ichtrazheim, Canone, par la fenêtre du premier étage, aperçut dans la rue deux hommes qui regardaient attentivement la maison : L'un était un ancien quartier-maître du régiment de Rohan, établi depuis quelques mois à Ettenheim sous un prétexte assez vague ; l'autre, quoique déguisé, fut reconnu par Canone pour un maréchal des logis de la gendarmerie de Strasbourg, nommé Felzdorf, ou d'un nom à peu près semblable.
    Canone descendit aussitôt et alla faire part à son maître de sa découverte. Il lui offrit en même temps de suivre ces deux hommes et de lui en rendre bon compte. Monseigneur lui répondit qu'il avait l'esprit frappé, et qu'il se créait des chimères. Il lui ordonna de se calmer, et lui dit au surplus d'observer ces deux hommes, et de voir ce qu'ils deviendraient. Canone courut, et bientôt il revint dire au prince que l'espion Felzdorf était en sentinelle sur la porte de l'auberge, sans doute pour l'examiner quand il sortirait et pour prendre son signalement ; que du reste il avait loué deux chevaux pour Ichenheim, village sur le chemin de Strasbourg. Cependant, monseigneur n'étant pas sorti assez vite, l'homme, lassé d'attendre, renonça à l'espoir de le voir et partit. Canone voulait monter à cheval et courir après lui : Monseigneur le duc d'Enghien, redoutant l'excès et la chaleur de son zèle, s'y opposa, et il envoya à sa place monsieur Schmitt, lieutenant de son régiment, avec ordre d'aller jusqu'à Ichenheim, et de tâcher de découvrir les allures de l'espion.
    Il envoya en même temps monsieur de Grünstein d'un autre côté, prendre des informations sur deux officiers français qui, la veille, avaient traversé Ettenheim en poste, en lui ordonnant de revenir le joindre au bois de Rhinheim, où il serait à chasser.
    Canone se permit encore des observations sur ce projet de chasse : elles furent encore écartées, et l'on partit. Au milieu du bois, le prince rencontra Canone, appuyé sur son fusil, l'air rêveur et préoccupé : «  À ce que je vois, dit-il en passant auprès de lui, la chasse n'est pas aujourd'hui du goût de monsieur ! »
    « En effet, monseigneur, dit Canone, le jour ne me paraît pas très favorable. »
    On chassait encore quand un paysan vint, à travers bois, joindre le prince et lui remettre une lettre. Elle était écrite par un habitant de la rive gauche du Rhin, personnellement connu de monseigneur le duc d'Enghien, et elle portait en substance qu'il y avait des mouvements de troupes dans les environs, et que l'on venait de consigner tous les bateaux de la rive gauche du fleuve. On suppliait le prince de se trouver à la chute du jour dans une petite île en face d'Ettenheim ; on l'assurait que l'on ne manquerait pas de s'y rendre, et que là on lui donnerait de plus grands détails.
    Sur cette nouvelle, monseigneur fit rompre les chiens et retourna à Ettenheim. Il se rendit d'abord chez son secrétaire, monsieur Jacques, malade depuis quelques jours et qui gardait encore le lit. Il lui fit part de la lettre qu'il venait de recevoir. Comme l'heure approchait, monsieur Jacques fut d'avis qu'il n'y avait pas à hésiter, et que son Altesse devait se rendre au lieu indiqué. Après un moment de silence : «  Toute réflexion faite, dit monseigneur, je n'irai pas. » Monsieur Jacques proposa d'envoyer Canone : Monseigneur y consentit d'abord ; mais il était écrit que ce malheureux prince se refuserait à tous les conseils qui auraient pu le sauver. Au moment où Canone allait partir, il le fit rester. On a su depuis que le donneur d'avis, selon sa promesse et non sans danger, s'était trouvé au rendez-vous, y avait attendu longtemps, et s'en était retourné, désespéré de ne pouvoir avertir ni faire avertir le prince de tout ce qu'il avait découvert depuis l'heure de la date de sa lettre.
    Messieurs Schmitt et Grünstein, à leur retour, rendirent compte de leur mission.
    Le premier avait dîné avec l'espion à l'auberge d'Ichenheim. Cet homme s'y était donné pour un marchand de Strasbourg ; il avait dit venir d'Ettenheim où il était à la poursuite d'un débiteur, et il avait loué d'autres pour se rendre à Strasbourg. Monsieur de Grünstein rapporta que les deux officiers français de la veille avaient continué leur route sur Bâle ; que, du reste, il était revenu le long du Rhin et qu'il n'avait rien aperçu.
    Monseigneur sortit pour aller souper dans une maison voisine, et ordonna à Canone d'aller l'y chercher à neuf heures. Ce dernier, se trouvant seul avec monsieur le baron de Grünstein, le conjura de faire en sorte, soit par lui-même, soit par les amis de monseigneur, que son Altesse ne couchât pas cette nuit-là à Ettenheim, et qu'elle s'éloignât pour quelques jours ; mais les plus vives instances lui avaient déjà été faites à cet égard et inutilement : personne n'osait plus revenir à la charge.
    À neuf heures, Canone alla prendre son maître, qui rentra et fit mettre deux lits dans la chambre qui précédait la sienne, l'un pour monsieur de Grünstein et l'autre pour monsieur Schmitt. Quand il fut déshabillé, il demanda ses armes, les fit placer sur une table avec des munitions, puis ordonna à Canone d'aller s'assurer si toutes les portes de la maison étaient bien fermées, et de défendre qu'on les ouvrît à d'autres qu'à des personnes sûres et connues. Enfin, il lui dit de mettre son fusil à côté de lui en se couchant. Canone le supplia de permettre qu'il fit le guet dans les rues, comme la nuit précédente.
    « Non, dit le prince ; il y a trois jours que tu cours jour et nuit ; tu dois être fatigué, et je ne veux pas que tu sortes. » Il lui ordonna de nouveau de se coucher et de laisser ouverte la porte de la chambre. Cette porte était placée de manière que, de son lit, monseigneur le duc d'Enghien pouvait apercevoir le lit de Canone et s'assurer qu'il était là. Canone, agité de mille terreurs et au désespoir que son maître lui eût défendu de sortir, ne put parvenir à s'endormir que vers les quatre heures du matin.
    Un peu après cinq heures, c'était le 15 mars, et il ne faisait encore qu'un très petit jour. Monseigneur l'éveilla en lui criant : « Vite à ton fusil, ils sont à ma porte ! » Canone s'élança. Monseigneur ouvrit une de ses fenêtres, Canone se mit à l'autre, tous deux en joue et prêts à tirer. « Qui est-ce qui commande ici » ? demanda Monseigneur. Il partit une voix qui cria : «  Nous n'avons pas de compte à vous rendre. » Monseigneur mit en joue celui qui avait parlé.
    Alors une des personnes qui avaient couché chez Monseigneur le duc d'Enghien entra dans sa chambre et le retint par le bras, en représentant que toute résistance était inutile, que ce n'était plus quelques brigands déguisés, mais une troupe de ligne très considérable, que déjà les murs de la maison étaient escaladés et la cour remplie de soldats.
    Canone eut la pensée de faire sauver son maître par les fenêtres d'une chambre de domestique, qui donnait sur une ruelle écartée et très étroite, d'où il eût été facile, soit de se cacher dans quelque recoin impossible à découvrir, soit de gagner la campagne en cas que la ville ne fût entièrement cernée. Le prince répugnant à l'idée de se sauver : «  Eh bien, Monseigneur, s'écria Canone, il faut nous défendre jusqu'à l'extrémité. »  «  Tu as raison, s'écria le prince, et suis-moi ! » Tous deux coururent de nouveau à la croisée pour faire feu sur ceux qui étaient dans la rue : on retint le prince une seconde fois.
    Canone alors, voyant que tout était perdu, courut à la chambre par où il avait encore quelque espoir de faire sauver Monseigneur le duc d'Enghien. Deux valets de pied avaient déjà sauté avec succès par cette fenêtre. Si Monseigneur en eût fait autant, jamais il n'aurait pu être trouvé ni atteint : ses valets de pied ne le furent pas. Canone revint le conjurer de prendre ce parti, puisque celui de la résistance n'était plus possible. Monseigneur ne put jamais se résoudre à fuir.
    Un instant après, les portes s'ouvrirent avec fracas, et des soldats mêlés de gendarmes se précipitèrent dans la chambre, les uns la baïonnette en avant, les autres le sabre au poing et le pistolet à la main. Les deux aides de camp de Monseigneur le duc d'Enghien, ainsi que Canone et Féron (celui-ci premier valet de chambre du prince), mais dont le service se bornait à l'intérieur), firent à leur maître un rempart de leur corps. Alors, le commandant de la gendarmerie, ancien perruquier nommé Charlot, s'étant avancé avec l'espion de la veille, demanda : «  Qui est le duc ? » «  Si vous avez ordre d'arrêter le duc, dit le prince, vous devez sans doute le connaître. » « C'est, répliqua l'autre, parce que je ne le connais pas que je le demande », et en même temps, il cria à sa troupe : « Emmenez-moi tous ces messieurs hors de la ville, et attendez-moi près du moulin. »
    Alors on se mit en devoir d'emmener tout le monde, donnant à peine à Monseigneur le temps de jeter un manteau sur ses épaules. Il était en pantalon, en pantoufles et sans bas. Canone courut en ce moment risque de la vie, pour avoir voulu arracher un des pistolets de son maître des mains d'un gendarme qui s'en était saisi. Dix baïonnettes furent croisées sur sa poitrine ; l'ordre de le tuer fut même donné, et il ne dut peut-être son salut qu'à un grand bruit qui se fit entendre au même instant du côté de la porte et qui détourna l'attention.
    C'était monsieur Jacques, le fidèle secrétaire de Monseigneur le duc d'Enghien, qui, oubliant tous ses maux et forçant toutes les résistances, c'était fait jour à travers les soldats. Il se précipita dans la chambre en criant : «  J'espère qu'il me sera libre de rejoindre mon maître, si je le trouve. » Un signe de Monseigneur l'empêcha de poursuivre.
    « Bon, dit le chef, en voilà un de plus ! »
    On traversa la ville ; toutes les rues étaient occupées par des pelotons d'infanterie ; beaucoup de personnes étaient à leurs fenêtres et pleuraient, car Monseigneur le duc d'Enghien était adoré de tous les habitants d'Ettenheim. Arrivés hors des portes, on fit halte près d'un ruisseau qui fait tourner deux moulins, et que les gens de pied passent sur une planche étroite, laquelle se trouvait justement en face de la troupe. On était alors fort peu cerné. Canone fit plusieurs signes au prince pour lui montrer le passage. Au-delà du ruisseau, il  n'y avait qu'une course de cinq minutes à faire pour gagner les vignes ; et si Monseigneur le duc d'Enghien, qui courait mieux et plus longtemps que personne, avait pu les atteindre, on l'aurait bientôt perdu de vue : quelques balles peut-être auraient sifflé à ses oreilles ; mais il aurait échappé. L'inspiration de Canone qui, comme on voit, n'a jamais perdu la tête un instant, était, si l'on y prend garde, le cinquième ou sixième moyen de salut qu'il avait indiqué à son maître. Les autres avaient été rejetés : celui-ci ne fut pas compris.
    Le commandant de la gendarmerie revint en ce moment, amenant avec lui un bourgeois d'Ettenheim qu'il voulait contraindre à lui faire reconnaître le prince. Le pauvre homme pleurait beaucoup et ne répondait rien. Monseigneur, craignant qu'il ne fût maltraité, s'écria alors : «  C'est moi qui suis le duc.»
    L'ordre fut donné de le conduire dans le moulin. On vit ensuite arriver d'autres personnes de la suite de Monseigneur le duc d'Enghien qui avaient été arrêtées dans leurs logements, entre autres monsieur le marquis de Thumery, monsieur l'abbé de Weinborn, officiel de Strasbourg, et son secrétaire, monsieur l'abbé Michel. Monseigneur obtint alors la permission d'envoyer Féron lui chercher du linge et quelques effets.
    Toute la troupe fut conduite au moulin, et un peu après on le fit monter dans un chariot de paysan qui y fut amené. Le général Fririon, qui commandait l'expédition, avait rejoint. Il fit ouvrir la marche par une colonne d'infanterie, la gendarmerie escortait et entourait la voiture.
    Monseigneur le duc d'Enghien, derrière qui Canone se trouvait placé dans le chariot, lui demanda tout bas l'explication des signes qu'il lui avait faits auprès du ruisseau, et il regretta vivement de ne les avoir pas compris. Il lui ajouta que si l'on passait le long du bois de Grafenhausen, il s'élancerait de la voiture et s'y jetterait, et il lui recommanda d'en faire de même. Par malheur, on traversa le village même de Grafenhausen, ensuite celui de Kappel, où l'on se trouva au bord du Rhin.
    Après avoir passé ce fleuve en bateau, on arriva à Rheinau, et de là, à pied, à un grand village, qui est sur la route de Schlettstadt à Strasbourg, et où l'on fit entrer le prince dans une chambre d'auberge, en attendant une voiture. Monseigneur dit alors à Canone : «  Si l'on me sépare ici de ces messieurs, je t'emmènerai avec moi ; nous trouverons peut-être quelque bois sur la route ; alors je me jetterai dedans ; tu me suivras ; nous gagnerons le Rhin, et je compte sur toi pour me passer à la nage. En auras-tu bien la force ? » « Oui, Monseigneur, » répondit Canone, et son ton semblait garantir le succès.
    La voiture arriva. C'était un chariot de poste à quatre places ; on voulait que le prince y montât seul ; il refusa de partir sans Canone ; enfin on s'y prêta. Monseigneur monta le premier ; Charlot, le commandant, se mit à sa droite, Canone et l'espion sur le devant, et un gendarme sur le siège. Chemin faisant, Charlot demanda au prince pourquoi il avait demandé par la fenêtre qui est-ce qui commandait. «  C'est, dit le prince, parce que je ne voulais pas tirer sur un soldat innocent, mais sur le chef. »
    « C'était moi, dit l'autre, que vous teniez en joue. » «  Si je l'avais su, dit le prince, vous n'existeriez plus. » «  Et quel est celui qui, de l'autre fenêtre, me tenait en joue ? » demanda alors l'espion. «  C'était moi, répondit Canone, et je n'attendais que le signal de mon maître pour vous tuer. » «  Diable ! dit-il, vous n'êtes pas bons, à ce qu'il paraît. »
    Il ne se trouva aucun bois sur toute la route. Monseigneur descendit à la citadelle, chez le commandant. Il était quatre heures du soir Il fut mis dans une grande salle, avec de nombreuses sentinelles aux portes et aux fenêtres. Sa suite, qui n'arriva que dans la soirée, y fut mise avec lui.
    Le lendemain 16, à dix heures du matin, le général Leval, commandant de Strasbourg, se présenta. Il paraît que l'on ne soupçonnait nullement à Strasbourg l'ordre que le télégraphe y transmit dès le jour suivant, et que l'on était disposé à témoigner des égards au prince. Le général Leval fit retirer tous les factionnaires de l'intérieur de la chambre. Il transférait Monseigneur le duc d'Enghien dans l'appartement du colonel, mit cinquante hommes de garde dans la première pièce et, de plus, une sentinelle en dehors de chaque croisée de la chambre où était le prince, avec ordre de tirer sur tous ceux qui se montreraient à la fenêtre.
    Le soir du même jour, monsieur de Grünstein fut mis au secret ; monsieur l'abbé de Weinborn et son secrétaire furent également transférés ailleurs. Les uns et les autres furent bientôt et successivement envoyés à Paris et enfermés la plupart au Temple, ainsi que monsieur Jacques, et Schmitt, et que toutes les personnes précédemment arrêtées à Offenburg ;  De sorte qu'après le départ de Monseigneur le duc d'Enghien, il ne resta à Strasbourg que le marquis de Thumery, vieillard qui eut la citadelle pour prison, et que les sieurs Féron et Canone, lesquels furent jetés dans les cachots de la ville, ainsi que Poulin, officier d'office de Monseigneur.
    La journée du 17 se passa assez tranquillement. Le commandant Charlot et un magistrat de Strasbourg vinrent l'après-midi faire à Monseigneur le duc d'Enghien la lecture de quelques papiers trouvés dans un portefeuille qui avait été saisi chez lui : il reconnut que tout lui appartenait. Dans ces papiers était son testament : il demanda s'il pourrait y ajouter quelque chose. On lui répondit qu'il en serait le maître, et on lui remit.
    Le même jour, dans la soirée, le commandant et le major de la citadelle vinrent annoncer à Monseigneur qu'ils venaient de recevoir des ordres, d'après lesquels il aurait la citadelle pour prison et pourrait s'y promener quand il le jugerait à propos. Le commandant même ajouta qu'il savait que le prince aimait le jardinage et qu'il pourrait s'amuser à cultiver le jardin de la maison qu'il occupait. Cette annonce parut faire plaisir à Monseigneur. Il dit à Canone : « Eh bien ! C'est demain dimanche ; nous irons à la messe et lundi nous travaillerons. » Malheureux prince, de quelles illusions il se berçait ! Les ordres reçus par le télégraphe étaient de le conduire à Paris.
    Le 18 mars, à une heure du matin, on frappa rudement à la porte. Canone, va ouvrir. «  C'était cet infâme Charlot avec une nombreuse escorte. «  Allons, monsieur le duc, il faut nous suivre. » Canone habilla son maître : après quoi, il fit un petit paquet de linge qu'il mit sous son bras et il suivait Monseigneur que l'on emmenait déjà. On lui dit que le prince partait seul. « Eh ! Qui le servira ? » S'écria Canone. «  On lui donnera du monde », dit le commandant. «  Mais ces personnes ne connaîtront pas son service. Je veux suivre mon maître ; je ne veux pas quitter mon maître. » Monseigneur s'éloignait toujours. Canone voulut passer malgré la garde ; il fut repoussé et rudement maltraité à coup de crosse de fusil. Monseigneur le duc d'Enghien, qui se retourna, s'en aperçut : «  Rentre, Joseph, lui cria-t-il ; rentre, et crois que je t'en sais le même gré. » Ce furent les dernières paroles du meilleur des maîtres au plus fidèle des domestiques. Ils ne se sont plus revus.
    Monseigneur le duc d'Enghien fut mené à pied hors de la citadelle, peut-être même hors de la ville, jusqu'à l'endroit où l'attendait la voiture destinée à le conduire au supplice. Il y monta, à ce qu'on croit, avec ce même espion Felzdorf, que Canone avait aperçu et reconnu le 13 à Ettenheim. Deux autres gendarmes y montèrent avec lui.
    Il partit, et voici encore un exemple de l'incroyable fatalité qui le poursuivait. À sept lieues de Strasbourg on rencontre la montagne de Saverne, qui est une chaîne des Vosges extrêmement boisée : elle est très raide, très longue, bordée de précipices et il faut la monter au pas. Le plus souvent même, les voyageurs y mettent pied à terre.    Quelques Alsaciens dévoués avaient formé le plan d'enlever de vive force Monseigneur le duc d'Enghien au moment où il passerait. Malheureusement on le fit partir de Strasbourg vingt-quatre heures trop tôt, et le projet échoua. Quelques jours après, monsieur l'abbé Michel, que l'on conduisait également à Paris, étant descendu à cette même montagne sous le prétexte d'un besoin, échappa à deux gendarmes qui le gardaient et ne put jamais être repris.
    Monseigneur le duc d'Enghien partit donc, et l'on sait que pendant la route on ne lui laissa prendre ni nourriture ni sommeil, espérant sans doute qu'à force de fatigues on parviendrait à lui surprendre quelque moment de faiblesse. On sait également que sa grande âme résista à tout et que son courage ne se démentit jamais. On sait enfin qu'il est mort debout, sans permettre qu'on lui bandât les yeux, le front calme, le regard assuré, et donnant lui-même le signal à ses bourreaux. On a rapporté qu'en marchant au supplice  il avait remis un dépôt à un gendarme, et que ce gendarme avait disparu depuis. Ce fait n'a rien d'invraisemblable ; mais l'authenticité ne m'en paraît pas assez garantie pour que je puisse l'attester. Ce qui est constaté, c'est le deuil général qu'a laissé, c'est horreur universelle qu'a excité, en France comme hors de France, la mort de Monseigneur le duc d'Enghien, horreur qui a été partagée par les soldats, par les amis, par les confidents et par la famille même de son assassin. »

    <o:p>  </o:p>98. Mémoire de Carrié.4 novembre 1814.
    « J'étais en garnison à Schlettstadt avec le 22° de dragons ; Je devais à l'estime du général Moreau la place de colonel de ce régiment, lorsque, partageant la disgrâce de cet homme vertueux, et mis sous la surveillance du procureur impérial de Strasbourg, je reçue inopinément, à onze heures du soir, par un aide de camp, l'ordre de faire monter de suite le régiment à cheval et de le porter à Benfeld, moitié chemin de Schlettstadt à Strasbourg, où les généraux commandant la division me donneraient d'autres instructions. Cet officier y mit tant de mystère et de précipitation que cela, joint à la circonstance de la mise en surveillance, firent craindre qu'il vînt pour m'arrêter.
    Parvenu au rendez-vous, les généraux passèrent le Rhin à notre tête. Chemin faisant, je leur entendis prononcer, à voix basse, le nom de Dumouriez : ce mot fixa de suite mon opinion sur le but de l'opération de la gendarmerie, qui était déjà à Ettenheim où elle faisait ses arrestations. Nous étions en bataille devant cette ville, lorsqu'on entendit sonner le tocsin ; Ce qui fit prescrire des mesures pour contenir les habitants, qui semblaient disposés à se soulever. En traversant la ville, je fus ému des cris d'une jeune dame, que j'ai su depuis être madame la princesse de Rohan. Je m'approchai d'elle pour lui prodiguer des égards : elle me dit qu'on venait de lui enlever ce qu'elle avait de plus cher au monde, mais elle ne s'expliqua pas davantage. Les généraux, les troupes, la gendarmerie et quelques personnes arrêtées prirent la route de Strasbourg, et nous reçûmes l'ordre de rentrer à Schlettstadt... »

    <o:p>  </o:p>99. Relation de Schmitt :
    «  Le 13 mars 1804, monsieur de Grünstein fut envoyé par son Altesse à Offenburg pour prendre des informations au sujet de madame de Reich, et devait en même temps y rencontrer un colonel de F... : celui-ci ne se trouva pas au rendez-vous, et monsieur de Grünstein revint et nous apprit que madame de Reich se trouvait encore en arrestation, mais gardée par les bourgeois d'Offenburg.
    Le 14 mars 1804, Monseigneur le duc vint lui-même dans mon logis, et me dit de prendre un de ses chevaux et de suivre sur la route d'Ettenheim à Kalsruhe, un individu arrivé de très bonne heure, à franc étrier, et se donnant pour marchand. Son Altesse me recommanda d'observer l'homme en question, de m'enquérir du but de son voyage et de la direction qu'il prendrait. Je suivis les ordres du prince. Bien monté, je ne tardai point à le rejoindre à Ichenheim, village distant d'environ quatre lieues et situé sur la route d'Ettenheim à Strasbourg... Ses manières et sa tournure dénotaient un militaire déguisé. Je continuai donc ma poursuite, et réglant l'allure de mon cheval, je le gardai en vue jusqu'aux environs de Kehl. Certain qu'il prenait cette direction, je revins sur mes pas, son Altesse m'ayant recommandé d'être de retour vers cinq heures du soir...
    Lorsque je revins à Ettenheim, son Altesse était encore à la chasse, dans la forêt de Rinheim, éloignée d'une demi-lieue environ. Je m'empressai d'aller au-devant du prince. En sortant de la ville, je rencontrai monsieur le baron d'Ichtrazheim, qui s'informa où j'allais en toute hâte. Sur ma réponse, il me remit une lettre pour Monseigneur, me recommandant de la lui remettre à lui-même, et de le prier de la brûler quand il l'aurait lue. Je rencontrai le prince et sa suite au sortir de la forêt. Il me fit aussitôt signe de me taire et m'invita à monter dans sa voiture. Dès qu'il fut rentré, il congédia son monde et me fit monter dans son appartement. Je remis d'abord à son Altesse la lettre du baron d'Ichtrazheim. Lorsque le prince vit l'adresse, il témoigna beaucoup de surprise et me demanda comment cette lettre était venue dans mes mains : je nommai alors la personne qui me l'avait remise et le prince en parut satisfait. Puis, je lui rendis compte de ma mission et des observations que j'avais faites. Monseigneur me répondit : «  Vous avez bien jugé votre homme ; je sais à quoi m'en tenir. » Et, sans autre réflexion, il me congédia.
    J'ai appris après l'événement que le prétendu marchand n'était autre que le brigadier de gendarmerie Pfersdorf, le même qui le lendemain pénétra à la tête des soldats dans l'appartement de son Altesse. Cet homme s'était abouché avec un nommé Stohl, ancien quartier-maître du régiment du prince de Rohan, avec lequel il avait parcouru tout Ettenheim et qui lui avait montré la demeure de son Altesse.
    Le même jour, 14 mars, fatigué de ma course, je me couchai de bonne heure ; mais à peine étais-je au lit, que le domestique de monsieur Grünstein vint me prier de me rendre de suite chez son maître, qui avait quelque chose d'important à me communiquer. Je pris à la hâte quelques vêtements et me rendis auprès de monsieur de Grünstein, où, à peine arrivé, se présenta Joseph (Canone), le chasseur du prince, qui nous dit : «  Son Altesse vous attend en bas. » Nous nous empressâmes de la rejoindre. Le prince nous engagea à l'accompagner chez lui : je m'excusai sur mon négligé et demandai à son Altesse la permission de m'habiller ; mais le prince ne le permit pas. Je dus donc le suivre. Arrivés au domicile du prince, nous apprîmes seulement le motif pour lequel il nous fait appeler.
    Dans la chambre d'entrée qui servait aussi de salon (le logement était fort exigu), des matelas étaient disposés par terre. Le prince nous dit alors : «  Mes amis, je vous ai fait venir pour que vous couchiez près de moi, parce qu'il pourrait prendre envie au gouvernement français de me faire arrêter comme madame de Reich. » Ces paroles de son Altesse, rapprochées de ce qui s'était passé dans la journée, me donnèrent de l'inquiétude. Je l'engageai de se mettre en sûreté en s'éloignant d'Ettenheim, ou au moins de passer la nuit dans un autre local. Mes instances,  réunies à celle des personnes qui se trouvaient là, furent sans effet. J'offris de faire la ronde avec Joseph ; mais son Altesse ne le souffrit pas. Le prince chercha à nous tranquilliser, en nous disant qu'il ne croyait pas le danger si proche, et que si, contre toutes probabilités, nous devions être surpris, il restait une chance de fuite certaine, par l'issue secrète qui se trouvait dans la maison. Son Altesse pour être certaine qu'aucun de nous ne sortirait de l'appartement, le ferma elle-même à clef. Malgré la course fatigante que j'avais faite, je ne pus dormir ; l'apparition d'un homme déguisé, la lettre de monsieur d'Ichtrazheim, l'inquiétude du prince, tout cela me préoccupa fortement.
    Vers minuit, du 14 au 15 mars, j'entendis un bruit ressemblant au piétinement de plusieurs chevaux : je réveillai monsieur de Grünstein ; nous nous mîmes à la fenêtre ; il faisait tellement obscur qu'on ne pouvait rien distinguer, et le bruit avait cessé dans ce moment. Vers quatre heures du matin, le bruit se renouvela, mais avec plus de force : monsieur de Grünstein et moi nous levâmes à la hâte ; on ouvrit une fenêtre, et nous vîmes la cour remplie de soldats. Quelques-uns étaient encore occupés à escalader la porte cochère. Nous réveillâmes le prince, qui dormait d'un sommeil paisible. Dès que son Altesse fut debout, elle nous recommanda le silence, et accompagné de monsieur de Grünstein et de son chasseur Joseph, le prince sortit de l'appartement pour se diriger vers l'issue secrète. Pendant ce temps, Féron, le valet de chambre, et moi, étions occupés à serrer les objets de valeur. L'absence du prince se prolongeant, nous nous en réjouissions déjà, le croyant en sûreté. Mais quelle ne fut pas notre douleur, lorsqu'au bout de sept à huit minutes, nous le vîmes revenir ! La clef de l'issue secrète ne s'y trouvait pas ; on perdit un temps précieux à la chercher, et quand on voulut sortir, tous les abords de la maison étaient gardés.
    C'est alors seulement que le prince nous ordonna de prendre les fusils encore chargés : on se distribua aux fenêtres, prêt à faire feu sur l'ordre de son Altesse. C'est à ce moment que le commandant Charlot, sans aucun doute pour éviter au prince le sort qui le menaçait, s'écria : «  Monsieur le prince, ce n'est pas à vous qu'on en veut ; nous ne cherchons que des émissaires anglais. » Dans le même temps, les portes furent enfoncées, et des gendarmes, ayant à leur tête le brigadier Pfersdorf, le même qui avait fait l'espion, se précipita dans l'appartement, le pistolet au poing.  Monseigneur, voyant alors que toute résistance était inutile, déposa son arme. Nous en fîmes autant.
    On s'empara de nous, et nous fûmes immédiatement dirigés sur le moulin à proximité d'Ettenheim. Ce trajet se fit à pied. Là on s'arrêta, et pendant qu'on saisissait les papiers du prince et que l'on préparait les moyens de transport, le bourgmestre d'Ettenheim constata non seulement l'identité du prince, mais il fut obligé de nommer tous les prisonniers. Cette mesure fut prise, je pense, non pour reconnaître son Altesse, mais pour se convaincre que le nombre des prisonniers à arrêter était complet....
    Nous fûmes tous placés sur un chariot avec des sièges de paille, et ainsi transportés jusqu'au Rhin. Notre escorte était composée du 17° régiment, autant qu'il m'en souvient. Durant la route, je fis la remarque que d'autres troupes étaient échelonnées sur divers points. On passa le Rhin à Kappel. Arrivés sur la rive gauche, on fut obligé de marcher jusqu'à Rheinau. Là son Altesse fut placée sur une voiture avec monsieur Grünstein et Joseph Canone ; le commandant Charlot prit place dans la même voiture et deux gendarmes furent placés sur le siège de devant. Les autres prisonniers furent mis sur un chariot et, entourés d'une forte escorte, nous fûmes conduits à la citadelle de Strasbourg, où l'on arriva vers cinq heures du soir.Rien n'étant disposé pour notre réception, on resta réunis dans une des chambres du commandant de la citadelle. Dans la soirée on nous servit à souper ; mais, malgré notre fatigue et quoique  n'ayant pas encore pris d'aliment depuis la veille, personne ne put manger : les émotions de la journée avaient ôté tout appétit. Après que la table  fut desservie, chacun reçut deux matelas pour sa couche de la nuit.
    Le lendemain, 16 mars, monseigneur le duc fut transféré, ainsi que nous, dans une autre partie de la citadelle ; chacun eut une chambre à lui ; et la disposition du logement était telle que le prince pouvait communiquer avec nous. Monsieur de Grünstein seul fut séparé entièrement de ses compagnons. Dans la matinée du même jour, monsieur le général Leval, gouverneur de Strasbourg, vint avec son aide de camp auprès de son Altesse. Après quelques paroles insignifiantes, le général annonça que Monseigneur et ceux qui l'entouraient auraient la faculté d'écrire, et de faire venir les objets dont nous étions privés pour notre toilette, ajoutant qu'il se chargeait de faire parvenir nos lettres. Chacun s'empressa de profiter de la permission. Son Altesse écrivit à la princesse de Rohan, et nous, soit à nos parents soit à nos amis ; mais les lettres, au lieu d'être rendues à leur destination, prirent la route de Paris. Quelle jolie canaillerie ! Dans l'après-midi le valet de chambre de son Altesse, escorté d'un gendarme, se rendit à Ettenheim pour prendre les effets du prince et de l'argent. Le même jour, vers le soir, se présentèrent un sieur Popp et le commandant Charlot, pour procéder à la visite des papiers du prince.
    Le 17 mars, on fit une partie de cartes. Après-midi, les mêmes personnages visitèrent encore les papiers de son Altesse et les placèrent sous scellés pour être envoyés à Paris. Le soir, l'aide de camp du général Leval vint nous dire que l'ordre était arrivé par le télégraphe, d'alléger autant que possible notre captivité et que nous aurions le loisir de nous promener dans la cour de la citadelle. On fit espérer au prince qu'un petit jardin serait mis à sa disposition et que, le dimanche, nous pourrions entendre la messe dans la chapelle de la citadelle. Cette amélioration dans notre sort, qu'on nous promettait, nous parut de bon augure et releva notre moral. Monseigneur lui-même se fit illusion ; aussi le souper fut gai, contre l'ordinaire. On fit mille conjectures sur ce changement à notre égard ; le prince nous dit : «  Il est probable que tout ceci n'est que le résultat d'une erreur ; car rien dans ma conduite, ni dans ma correspondance ne justifie la rigueur avec laquelle on me traite » : et il ajouta : «  Ce qui peut m'arriver de pire, c'est d'être retenu prisonnier jusqu'à la conclusion de la paix avec l'Angleterre. Quand à vous, mes amis, je ne doute pas qu'on va vous rendre bientôt la liberté. »
    Ce fut, hélas ! Le dernier jour que nous devions avoir l'honneur de nous trouver avec l'infortuné prince ; tout l'espoir que nos geôliers avaient donné, toutes les promesses faites n'étaient qu'amère ironie ; et tout cependant, pour le moment, devait nous confirmer dans notre erreur ; car on sembla se relâcher de la surveillance sévère à laquelle nous fûmes d'abord soumis. Il n'y eut plus de sentinelles dans la chambre ; il n'y eut qu'un poste à l'extérieur de l'appartement. Bercés par un espoir qui devait être cruellement déçu, chacun s'apprêtait à passer, pour la première fois depuis notre arrestation, une bonne nuit. Son Altesse voulut bien, cette même nuit, faire placer mon lit dans sa chambre. Je couchai par terre sur les matelas à côté du prince. Vers minuit, on frappa à la porte, fermée pour la première fois. Son Altesse, qui dans ce moment ne dormait pas, m'appela et me dit : « Schmitt, on frappe à la porte ; voyez ce que l'on veut. » Je me levai à la hâte pour ouvrir : quatre personnes couvertes de manteaux entrèrent : c'étaient le commandant de la citadelle, le commandant Charlot, l'officier de garde et le sous-officier de gendarmerie Pfersdorf. Le commandant Charlot prit la parole et dit : «  Monsieur le duc, on vous demande à Paris. » Le prince questionna : « Tout seul ? » La réponse se faisant attendre, Monseigneur ajouta : «  Ne pourrais-je pas prendre un de mes officiers ou au moins un domestique avec moi ? » Le commandant répondit sèchement : «  Je n'ai point d'ordre pour cela. » Son Altesse demanda alors quelque linge, qu'on mit dans une serviette, et son manteau. Je réveillai nos autres compagnons, messieurs de Thumery, Jacques et les domestiques. Dès que l'infortuné prince fut habillé, qu'il eut pris sa montre et quelque argent, il nous fit ses adieux et nous embrassa ; nous voyant tous en larmes, son Altesse ajouta : «  Tranquillisez-vous ; nous nous reverrons. » Ce furent les dernières paroles que nous entendîmes sortir de sa bouche. Le prince partit escortés par un officier et le brigadier Pfersdorf, sa voiture entourée de gendarmes qui se relayaient de deux heures en deux heures, et fut ainsi transporté à Paris.
    Les autres prisonniers, à l'exception de monsieur de Thumery, de Joseph Canone et de Féron, furent aussi dirigés sur Paris, monsieur Grünstein le 20 mars, monsieur Jacques le 24 mars. Je l'avais précédé dès le 22 mars avec monsieur l'abbé d'Eymar, arrêté à Offenburg et deux sous-officiers de dragons. Arrivés à Paris, monsieur de Grünstein fut mis à l'Abbaye, monsieur Jacques à Bicêtre, monsieur l'abbé d'Eymar à la Petite Force, et moi à la Grande Force, où je restai près de trois mois au secret. Au bout de ce temps, étant tombé malade, on me transporta à la Petite Force, où je restai jusqu'au mois d'août, traité avec moins de rigueur ; puis je fus conduit au Temple. Je n'obtins ma liberté que quelques jours avant le couronnement de l'empereur. On me donna d'abord une carte de sûreté avec défense de sortir de Paris, et la veille du couronnement j'obtins un passeport, avec injonction de sortir de France et de me tenir à trente lieues des frontières.
    Voici le récit des événements dont j'ai été le témoin oculaire et auxquels j'ai été mêlé. L'histoire a consigné à jamais les suites qu'a eues cette arrestation arbitraire, faite en violation du droit des gens.
    (Ce récit, composé en allemand, a été traduit par le petit-fils de monsieur Schmitt et inséré dans la Revue d'Alsace « numéro de mai-juin 1895 ». En 1844, il avait été communiqué à monsieur Muret par monsieur Schmitt, mort seulement en 1847. Monsieur Muret par la suite en a reproduit en grande partie une version française dans son histoire de l'armée de Condé.)

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