• La chapelle Saint-Jean Baptiste. (Albert Fagioli, 2008)


    La chapelle Saint-Jean Baptiste du 15éme siècles. (Albert Fagioli,2008)

    Une légende courrait parmis les chercheurs de trésor :

    Il y aurait un souterrain qui partirait du château se trouvant dans le Bois des Seigneurs et arriverait à la chapelle Saint-Jean. Jamais aucun souterrain ne fut découvert. Pourquoi ? Peut-être qu'il n'en existe aucun !

    Voici une autre légende au sujet du château et de la chapelle de Marthille :

    Il y avait autrefois, sur une éminence boisée qui domine les villages de Destry et de Marthille, un superbe château, dont on montre aujourd'hui encore les vestiges, et dans les fossés duquel viennent s'abreuver les bestiaux qui paissent dans la campagne. Il était défendu par une énorme tour ronde, dont le pied baignait dans l'eau des fossés et du haut de laquelle on découvrait toute la contrée.
    Ce château était la résidence des comtes de Destry, dont le territoire s'étendait des sources de la Seille jusqu'aux confins du Pays Messin. Dans la première moitié du X° siècles, le comte était un jeune et valeureux guerrier, d'une force et d'une adresse incomparable. Homme juste et habile administrateur, en même temps qu'adroit chasseur et aimable convive, il avait réussi à gagner l'amitié du souverain et l'estime des grands. L'empereur des Francs, qui venait tous les ans passer une partie de l'été dans son palais de Destry, considérait le comte comme l'un de ses meilleurs hommes de guerre et attribuait à sa bravoure maint succès de l'armée franque. Au premier appel de son souverain, le comte de Destry accourait à la tête de ses hommes d'armes. Brave comme son épée et toujours au premier rang, il entraînait à sa suite toute l'armée à la victoire. Aussi, pendant le séjour de l'empereur à Destry, le voyait-on constamment dans la suite du souverain.
    Dans les chasses auxquelles donnait lieu le séjour de l'empereur et auxquelles prenait part les nombreux seigneurs et dames de la cour, le comte était un organisateur sans pareil. Nul ne connaissait mieux que lui les fourrés du bois et les replis de terrain où se réfugient les cerfs et les sangliers. Rien que sa présence à la tête des chasseurs était un gage de succès.
    Et cependant, quoiqu'il s'employât à faire fleurir dans le comté la justice et le bien-être, le comte n'était point aimé de ses vassaux. Les paysans ne parlaient de lui que tout bas, après le repas du soir, à portes closes, et ce que l'on entendait alors n'était pas des bénédictions. On fuyait à son approche ; au gallo de son cheval noir les portes se fermaient, et les jeunes filles qui lavaient le linge à la fontaine s'empressaient de chercher un abri dans les maisons du voisinage.
    C'est qu'il circulait sur le comte des bruits fâcheux. Dans les derniers temps, nombre de jeunes filles et de jeunes femmes, remarquables par leur beauté, avaient disparu de la contrée, et les recherches de leurs parents avaient été infructueuses. D'autres avaient été enlevées en plein jour par des hommes d'armes et emportées pour une destination inconnue. C'était à n'en pas douter, le comte qui était l'auteur de ces rapts. C'est pour cela que les pères et mères prenaient grand soin de ne pas exposer leurs filles aux regards de leur seigneur, et que celui-ci traversait sur son passage des rues désertes. On n'avait jamais osé porter plainte à l'empereur ; cette démarche n'eût eu, en effet, aucun succès ; que rien n'eût pu l'ébranler.
    Un jour le comte était venu chasser à la lisière de la forêt qui s'étendait alors jusqu'à proximité du village de Destry. Il avait mis pied à terre et considérait de loin le magnifique palais qu'avait fait construire à Destry l'empereur des Francs, son souverain et son ami, lorsqu'un spectacle plus rapproché l'arracha à ses méditations. À quelques pas de lui, dans la fontaine de Holborn, dont les eaux limpides et glacées jaillissent en bouillonnant entre les racines du gros sorbier, une jeune fille se baignait. Ce n'était certes aucune des vassales du comte il les connaissait toutes, et chez aucune d'elles il n'avait trouvé une beauté aussi parfaite. Du reste, la noblesse des traits et la richesse des vêtements semblaient indiquer une haute naissance. Elle avait probablement fait une longue course, car ses pieds aux attaches délicates avaient été ensanglantés par les ronces de la forêt.
    Le comte s'approcha d'elle et lui présenta ses hommages. La jeune fille ne leva pas les yeux et ne donna aucune réponse. Le comte insista, puis, perdant toute mesure, il lui proposa de l'emmener à son château, de la couvrir de soie et d'or et de passer sa vie à ses pieds. Rien ne put tirer la jeune fille de son mutisme. Le comte n'était pas patient, et la résistance l'irritait. Tout à coup son caractère violent l'emporta. Il saisit la jeune fille, et après l'avoir placée en travers sur sa monture, monta à cheval et galopa vers son château. Il se dirigea immédiatement vers la tour ronde, y enferma sa proie et fit défense à ses gens d'y pénétrer.
    Le lendemain, le comte alla à la tour. Il espérait que la jeune fille serait revenue à d'autres sentiments. Mais quand il pénétra dans le réduit où il l'avait enfermée, il lut dans les yeux de la prisonnière tant de mépris qu'il n'osa renouveler ses propositions et se retira tout confus.
    Il se mit alors à aimer follement cette belle, jeune fille qui se refusait si obstinément à ses supplications. Ses désirs violents s'étaient transformés. C'est à genoux maintenant qu'il eût voulu adorer la vierge qu'il avait si gravement offensée, et dont l'image ne le quittait plus. Ce fut en vain qu'il tenta de s'étourdir à la chasse. Aussitôt entré dans les bois il laissait flotter les rênes sur le cou de son coursier et s'abandonnait à la rêverie, pendant que sa meute battait les taillis. Toutes ses chevauchées le ramenaient infailliblement à la source de Holborn, à l'endroit où il avait vu pour la première fois la jeune inconnue.
    Souvent il se jeta à ses pieds, la suppliant de lui pardonner sa violence et de devenir sa femme devant Dieu.
    Il n'essuya que des refus.
    Enfin, après de longues années, la jeune fille promit à son ravisseur de devenir sa femme quand il aurait bâti, seul et de ses propres mains, à un endroit qu'elle lui désigna, une chapelle à Saint-Jean-Baptiste. Le comte accepta avec joie et se mit aussitôt à l'œuvre.
    La construction dura deux ans.
    Quand la chapelle fut achevée, et que le comte eût ainsi fait pénitence pour ses violences et ses déprédations passées, il eut la joie d'épouser la vierge que Dieu lui avait envoyée pour le convertir. Le bonheur des époux fut sans mélange, mais ne dura que deux ans. Tout à coup la jeune femme tomba malade et mourut.
    Le chagrin du comte fut immense, mais Dieu ne permit pas qu'il tombât dans le désespoir. Après avoir rendu les derniers devoirs à la morte, il abandonna son château et ses biens, et l'on n'entendit plus parler de lui. Mais peu de temps après, les habitants du pays virent s'établir à la chapelle de Saint-Jean un religieux de haute taille, portant continuellement le capuchon baissé et dont on ne put jamais entrevoir les traits. Il se construisit lui-même, à côté de la chapelle, une étroite celle et l'habita. Il y vécut jusqu'à un âge très avancé et mourut en odeur de sainteté. Ce fut le premier ermite de Saint-Jean.
    Aujourd'hui la chapelle n'a plus d'ermite, mais le jour de la fête du Saint, d'innombrables pèlerins venus des villages voisins se dirigent en longues filles parmi les vignes vers le lieu Saint. Les gens timorés, ceux qui craignent les ténèbres et qui n'osent sortir la nuit, demandent au patron de la chapelle la guérison de leur frayeur.

    Du splendide château du comte de Destry, au contraire, il ne reste rien, rien que quelques fossés remplis d'eau saumâtre, dans lesquels s'abreuvent les troupeaux, et quelques vieux murs dont les pierres effritées servent d'asile aux lézards de la forêt.(1)

    (1) Nous tenons cette jolie légende de deux anciens habitants de Destry :
    Nicolas Barthélémy, surnommé le Gros-Colas, et Christophe Humbert, qui passèrent les dernières années de leur vie à l'asile de vieillards des Bordes, et qui venaient souvent passer chez nous le jour de congé qu'on leur accordait tous les mois.

     


    Qu'y a-t-il de vrai dans cette jolie légende ?
    Peu de chose, assurément, mais ce qui est certain, c'est que le château de Marthille a existé. Dom Calmet, qui vivait au commencement du XVIII ° siècle, en fait mention dans sa " Notice ". Il se trouvait d'après une ancienne tradition, sur une montagne couverte de bois, mais l'époque de Dom Calmet on y voyait déjà plus que des tas de pierres et des fossés.
    Le château de Marthille était bien tombé dans l'oubli lorsque, tout à coup, en 1927, une nuée de terrassiers, conduits par des entrepreneurs étrangers, vint s'abattre sur les ruines et se mirent à creuser le sol avec acharnement. Le village de Martille se remplit d'ouvriers de toutes nationalités et les auberges regorgèrent de pensionnaires, car les salaires étaient copieux.

    Tout se faisait dans le plus grand mystère. Les ouvriers ne savaient rien, et les patrons refusaient de donner la moindre indication sur le but des travaux. On remarquait même que les propriétaires d'automobiles prenaient soin d'ôter leur plaque de légitimation lorsque les voitures séjournaient dans le village. On ne connaissait ni leurs noms ni leur domicile. Le chantier était gardé jour et nuit.
    Cependant les travaux avançaient rapidement. Plusieurs salles avaient été découvertes, disait-on, dont une " salle des gardes ", un puits avait été vidé, mais il ne semblait pas que le but poursuivi eût été atteint. Puis, à l'entrée de l'hiver, le travail diminua d'intensité ; les ouvriers devinrent moins nombreux. L'un après l'autre, ils s'en allèrent et ne revinrent plus.
    Quelle avait été la raison de ces énormes travaux, qui, depuis plus d'une année avaient mobilisé tant d'ouvriers et provoqué cette effervescence dans le paisible village de Marthille ?
    Et voici une nouvelle légende, qui se greffa sur l'ancienne. Un jeune homme de Metz avait acheté sur le quai Félix-Marchal, dans un lot de vieux bouquins, un livre de messe ayant appartenu autrefois à un instituteur de Marthille, homme très instruit et grand amateur de légendes. En examinant de près son acquisition, il fut bien étonné d'y trouver, dissimulé dans la reliure un document jauni par le temps. Il y apprit que pendant la révolution, un certain comte de Savary, accompagné d'un domestique était arrivé à Marthille pendant la nuit et s'était fait indiquer la direction des ruines. Le lendemain matin, le comte était redescendu, seul, dans le village et avait poursuivi sa route. Personne n'avait plus entendu parler de lui.
    De là à supposer que Savary avait caché sa fortune dans les ruines avant de prendre le chemin de l'exil, et que, pour que le secret fût bien gardé jusqu'après les troubles, il avait fait disparaître son domestique, il n'y avait qu'un pas.
    Le comte était certainement mort avant de livrer son secret, et le trésor n'avait plus de maître. D'ailleurs un plan des anciens bâtiments était joint au document, et l'endroit où se trouvait le trésor était indiqué.
    Le jeune homme fit part de sa trouvaille à un entrepreneur d'une ville voisine et parvint à le gagner à son projet. Qui a payé les frais énormes occasionnés par les fouilles ?
    On l'ignore. Ce qui est certain, c'est qu'une étude historique de la question eût abouti à déconseiller les recherches.
    Il ne pouvait y avoir, en effet, aucune relation entre un château construit à l'époque carolingienne et l'émigré Savary, séparés l'un et l'autre par un espace de onze siècles.
    À la révolution, les ruines étaient à peu de chose près dans le même état qu'aujourd'hui : Il n'y subsistait ni souterrains, ni tours, ni réduits. Si un comte de Savary a cru devoir y cacher sa fortune, ce n'est certes pas pour la protection qu'elles lui offraient. Tout au plus pouvaient-elles lui avoir servi de point de repère.

    Pour un court espace de temps, le village de Marthille s'est vu touché par la gloire, mais elle ne lui est pas restée fidèle : après une année de vie intense, elle s'est éloignée, laissant retomber dans la nuit de l'oubli le petit village Lorrain.

     

    Par monsieur Léon Maujean de l'Académie de Metz, dans l'Histoire de Destry, 1913.

     

     


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